Si Emma Burlet était exploratrice, on accueillerait sans doute ses images comme le témoignage d’une ville livrée aux mains d’une jeunesse qui aurait laissé les adultes en garderie dans une piscine à boules afin de déambuler tranquille dans une jungle urbaine. Sa Majesté des mouches en goguette dans la ville IKEA. Pas de Ralph, de Roger, de Jack, de Peggy ou de Simon dans Small Land mais Nora, Yeye, Gia Linh ou Clarisse. Ces enfants ont en commun de vivre dans la ville mère du mastodonte suédois. Ils vont pour la plupart a l’Ecole internationale mise en place par la firme, où la question du métier des parents ne se pose même pas. La photographe est descendue du train en gare d’Älmhult, dans le Smaland, dont les sols arides empêchent la culture au point d’en faire une région qui demeura longtemps très pauvre. C’était toutefois sans compter sur l’ambition dévorante d’un garçonnet : Ingvar Kamprad. Il a ainsi déjoué l’avarice de la terre par un sacré pied de nez : à défaut que celle-ci fut prodigue, il en fit un support sur lequel poser les meubles qu’il allait concevoir. S’il ne pouvait du reste pas avoir directement accès au monde, il lui imposa en revanche le sien en faisant entrer ses meubles dans les foyers de la terre entière. Il réussit en outre à créer un véritable échantillon international au sein d’Älmhult qui, malgré sa taille modeste, observe en effet une des plus grandes mixités de communautés de Suède. La ville est devenue l’analogie de la cartographie mondiale de la multinationale. Ses atouts ne résident ni dans son passé ni dans ses paysages mais dans son économie. Son histoire est intrinsèquement liée à IKEA et son développement. Le tourisme notamment est tout entier voué à l’entreprise. Désormais, la sortie culturelle peut, depuis 2016, se faire au musée – IKEA, évidemment. Certains vont jusqu’à faire le voyage jusque là-bas pour être au plus près de ses teintes jaunes et bleues, dont on sait déjà qu’elles s’immiscent chez nous. Cette entreprise n’est donc pas seulement une machine économique et culturelle, c’est aussi un genre de catalyseur qui a un impact sur celles et ceux qui en sont proches. A fortiori les habitants d’Älmhult. C’est d’ailleurs ce qui a de prime abord frappé Emma Burlet dès son arrivée, il ne lui a pas fallu plus d’un instant pour percevoir l’omniprésence de la firme dans la vie quotidienne des habitants, y compris celle des enfants, dont elle a voulu recueillir le récit silencieux. Parce que le prisme de l’enfance est suffisamment dénué de revendication, il nous permet d’observer ces individus en devenir. Ce sont des produits inconscients de la culture IKEA. Ils grandissent au rythme des collections du géant suédois, évoluent selon ses valeurs et, peu importe leur langue d’origine, leur vocabulaire est ponctuel de termes mobiliers. Mobilier même qui peuple leur habitat. Des meubles en kit que l’on sait éphémères ; à l’image de l’emménagement momentané des employés expatriés.

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