La nymphette à deux têtes
SERIE « La Nymphette à deux têtes » Du haut de ses 17 ans, Nine. La bouche boudeuse, la moue enfantine. Ça sonne un peu comme une comptine, Nine. Alors qu’elle ravit les rambardes de la Place de la Canourgue de ses poses langoureuses, mon appareil me dupe et se prend pour une machine à remonter dans le temps. Cet âge où je jouais à la grande avec mon amie d’enfance. Pour nous, « les grandes » c’étaient les lycéennes de Bervely Hills. Je crois que déjà gamine, je m’imaginais en Nine : les cheveux longs, le jean brut, les courbes fines et la démarche élancée. La beauté intemporelle des mannequins des années 80. La mutine. Parfois, elle pose, souvent elle rit. Elle me raconte ses histoires d’adolescentes entre deux postures avec la légèreté de son âge. Je tente de me concentrer avec l’intention de la shooter dans sa fraîcheur de presque plus gamine. La capturer maintenant, à ce moment précis alors que la vie ne l’a pas encore marqué des plis du temps et affadi son cœur d’enfant. Nine, elle aime le monde et être entourée. Je l’installe dans un café de son choix : l’Hybride. Clara, la maquilleuse, efface à grands coups de pinceaux son âge véritable. C’est vrai qu’elle a l’air d’une femme tout à coup. Je crois bien que sommeille en elle le pouvoir des femmes fatales. Derrière la vitre, de jeunes garçons passent et la chassent du regard dans de grands éclats de rire que les ados ne se permettent qu’en groupe. Le courage du nombre….Elle s’en amuse sans exagérer. Un vrai jeu d’enfant… (Pour connaître la suite de l’histoire, passez à la photo suivante) A mon tour, je sors du brouhaha du café et prends la place de ces gamins cavaleurs à peine sortis du nid. Je crois shooter, à cet instant, la naissance d’une jeune femme. (Pour connaître la suite de l’histoire et voir les autres photos de la série : « Je pris soudain conscience que je ne savais absolument rien des pensées de ma doucette et que derrière ses affreux clichés juvéniles, il y avait peut-être en elle un jardin et un crépuscule, et la porte d'un palais - des régions sombres et adorables dont l'accès m'était totalement et lucidement interdit (…) ». J’emprunte innocemment à Nabokov, un passage de sa Lolita. « J’ai un côté très dark, tu sais. Ca se traduit dans mes dessins », m’explique Nine, sans en dire davantage. Elle reste assez mystérieuse Nine de rien. Et au lieu de prendre la mouche face à mes questions insistantes qui restent sans réponses, elle prend plutôt la mine et se met à griffonner machinalement. https://www.instagram.com/ana__ki/